Olfa, féministe cheloue

 

« Maman, je veux pas devenir une femme ».  Et ma mère de me regarder en faisant un geste obscène qui signifiait « regarde entre tes jambes, t’as pas le choix ma fille ». Mais la question n’était pas là, la question était mentale, cérébrale, culturelle. Ma féminité, j’ai cru la refouler pendant longtemps. J’ai cru que laisser mes poils pousser, mettre une brassière et non un soutien-gorge, remplacer la marelle par le football conjureraient le sort qui devait s’abattre sur moi à la puberté. Mais une femme demeure une femme et même Lydia ma voisine de palier dont les pieds ne juraient que par les Air Max et qui se targuait de pisser debout n’était jamais acceptée aux parties de foot dominicales organisées par les anciens du quartier. « Vas-y tu vas nous ralentir Lydi » lui lançait Walid en reluquant ses fesses dès qu’elle avait le dos tourné.

A 15 ans, ma vie a basculé dans une morosité que je ne méritais pas. Tout me rappelait que j’étais d’une race inférieure. A commencer par les ambitions que mes parents avaient prévues pour mes petites épaules maigrichonnes. Mon petit frère, lui était  un futur médecin dans l’imaginaire du paternel et dans ses conversations fallacieuses avec sa mère restée au bled, ce désir s’était réalisé avant l’heure car Selim était apprenti dans le cabinet de notre médecin traitant. Mais quel couple de mythomanes ils formaient avec ma mère. Ils s’étaient inventés une « french  life » dans laquelle mon père n’était plus chômeur et ma mère avait une femme de ménage et enfermait son kilo d’or dans une armoire en marbre. Bref, mon avenir fut cloisonné par cette demi-phrase arbitraire « comme ta sœur ». Et moi bêtement, je tentais d’argumenter qu’on avait chacune des aspirations personnelles, des rêves, une individualité. Et elle de me regarder le sourcil froncé et haussé en même temps  (Ne cherchez pas, il n’y a qu’elle au monde qui puisse réaliser cet exploit sourcilo-musculaire) : expression voulant dire « tu es un produit femme, ferme-la, sois contente d’avoir ta chambre, d’aller à l’école, de lâcher tes cheveux et de mettre des jeans ». J’avais un tel désir d’émancipation et j’ai cru que vivre dans un pays européen, notre douce France, cher pays de notre enfance, m’offrirait un espace  pour mon élan féministe.

Mais c’était sans compter la verve de débilité des Lobby féministes ET putes, ET soumises, Chienne de garde la pêche, Les barges aux seins tatoués  et Fuck les mecs qui se servent de la cause des femmes pour légitimer une xénophobie abjecte et rejeter toute forme de morale et de respect.

Finalement, j’ai vu des femmes souffrir de toutes les cultures, chacune étouffant notre droit d’exister, notre droit d’être belles, notre droit de disposer de notre corps, le droit de prendre sa vie en main. Le cul entre deux mains, celle de l’homme matcho impérialiste et dominant qui ne veut pas te voir évoluer intellectuellement, prendre la parole, prendre la parole et la déclamer en milliers de vers d’amour et celle de la féministe délurée et frustrée qui t’interdit de tomber amoureuse, te fait culpabiliser quand tu dévoiles à celui que tu aimes les cent facettes de ta vulnérabilité, quand tu baisses le regard devant un homme qui te plaît…

J’ai eu honte d’être musulmane parfois et j’ai maintenant honte d’avoir eu honte de mes croyances. J’ai dû nous justifier quand on accusait les miens d’être misogynes mais je ne m’excuse plus. C’est vrai qu’être une femme dans une culture arabe m’a obligé à crier deux fois plus mes envies, à hurler encore plus fort mes rêves et à chuchoter mes désirs. Mais ce n’est pas l’Islam qui soit responsable de ces contradictions : c’est la complicité des femmes dans le système machiste. En tant que « grande gueule certifiée »,  je dis stop aux catégorisations de femme (la bonne, la frigide, la femme « machallah », la bonne à marier, …) et oui aux artistes, aux femmes libres, libres d’aimer, libres de plaire, libres d’être belles, libres d’enrouler leurs cheveux dans un foulard de soie ou de les laisser voler au vent. Moi, Olfa féministe chelou déclare la guerre aux fausses féministes qu’on a placées volontairement à l’avant-garde de la République….