Sanglots illégaux

Cet hiver Le givre ne glace plus mon âme ensevelie dans un désert sentimental

De là où je me trouve, j’essaie d’aligner des mots pour te  faire un calligramme

Un poème d’amour que je fais  renaitre de ses cendres froides

Mais il ne reste qu’une mélodie et des centaines de milliers de larmes

 

J’ai feuilleté tous les recueils de vers amoureux que mes pairs heureux brandissent

Aux tristes délaissés pour justifier leur bonheur et douce félicité égoïste

Mais je n’y trouve pas de façon de t’aimer dans un souffle, de t’aimer dans un délice

Je ne saurais que t’aimer dans une tempête au péril de nos vies déjà si tristes

 

Hier au milieu de la nuit, j’ai senti tes doigts frôler ma nuque et saisie d’effroi

J’ai parcouru la ville, je me suis rendue dans tous les lieux que tu affectionnes

J’ai couru dans les allés, j’ai bousculé les parisiens emmitouflés dans leur froid

Et voyant la paleur de mes pupilles personne n’a voulu me  faire l’aumône

Tu savais parfois hydrater mon regard asséché par ce monde tranchant

Tu savais  me proposer un avenir propice à mes meilleurs penchants

Je t’ai tellement aimé à m’en crever la poitrine

Je t’ai suivi dans le plus profond des abîmes

Et Je me suis cherchée dans tes rêves les plus secrets

Mais on n’ouvre pas le cœur avec un trousseau rouillé de  clés usées

On  regardait dans des directions opposées

Enfin ça  c’est ce que tu disais et

Trop ambitieuse pour mes rêves de femme bafouée

J’ai exigé, tracé des directives de scénar romancé

Mais on ne répare pas un cœur avec trois mots et un parfum de rose recyclées

Un peu de home sweet homme

 

Coup de téléphone surprenant à 23h de ma cousine Zahira. J’entends des larmes étouffées par des sanglots ravalés. Elle chuchote, je ne comprends rien. Je comprends difficilement qu’elle a mal à la mâchoire, qu’elle veut que je passe la voir car elle ne veut pas rester toute seule. Elle n’arrive pas à reprendre son souffle. Je déboule chez elle en furie, sa mère me fait signe de monter dans sa chambre sans faire de bruits. Je la trouve au fond de la pièce, un rouleau de sopalin à la main et un sac de haricots surgelés lui comprimant la joue droite. Elle m’explique : son frère lui a asséné un violent coup de poing parce qu’il l’a aperçue avec son mec au centre commercial. Et il n’aurait pas si bien accompli son devoir fraternel s’il ne l’avait pas gratifiée d’un élégant « sale pute » en repartant rejoindre sa bande de potes écervelés.

-Zahira, j’attends qu’il rentre, je vais lui défoncer sa petite gueule de fumeur de chicha fruitée.

-Non Olfa, s’il-te-plait, ce serait pire après, et il va s’en prendre à toi.

-Oh mais qu’il essaie, s’il a la violence facile, j’ai la barre de fer docile moi !

Bon, c’est vrai que je suis une sauvage et que ma réaction était certainement tout aussi débile que la sienne mais j’avais une telle rage de voir que personne mais personne n’avait l’intention de réagir. Mais pire que ça, je savais que  la brute allait rentrer chez elle  à 2h du mat, se souvenant entre deux verres d’oasis alcoolisés qu’elle a une famille. Pendant ce temps, Razika chercherait un peu de paix dans un sommeil tuméfié.

Le lendemain, je vois une ancienne copine du quartier à qui je raconte cette histoire, persuadée naïvement que la solidarité féminine aurait raison d’un trouble cérébral causé par une perte de neurones qui avait fait d’elle une… hmara (désolée,  c’est le seul mot qui m’est venu à l’esprit).

« Ouais je comprends Olfa, elle me fait pitié Zahira meskina mais c’est son frère wesh, c’est pas son mec. En plus, s’il l’a frappée, c’est qu’il l’aime, elle aussi pourquoi elle se balade avec son mec ? Elle se fait tricardiser devant tout le monde. Elle respecte personne aussi, wesh ! »

En dépit de la redondance agaçante du mot wesh dans cette discussion stérile, je n’ai été scandalisée que par le contenu misérable de son discours… enfin de sa pensée …enfin des trucs qui sont sortis de sa tête quoi !

Alors si je comprends bien, le lien fraternel  lui conférerait  un passe-violence éducatif qui en plus s’avère être un gage d’amour. Donc en gros, je peux distribuer des droites aux gens que j’aime puis ignorer la douleur causée par mes coups.

Si je comprends bien, elle l’avait bien cherché puisqu’elle s’était baladée avec son petit copain au centre-ville, menaçant l’honneur familial. Ok ! Donc quand il prend un abonnement chez Michetonneuse + et qu’il drague tout ce qui ressemble de près ou de loin à un porte-fesses dans la rue, j’ai le droit de lui flanquer une raclée pour  le remettre sur les rails ?

Putain, mais on ne sauve pas l’honneur de sa sœur en lui flanquant une droite. Déjà, il n’y a rien à sauver. Elle a un petit copain, elle ne vient pas de gagner le concours national de lap danse. Et si tu désapprouves le choix de ta sœur par amour, dis-le-lui ! Avec amour bordel !

Ce message s’adresse à toi, frère dont les violences sont passées sous silence. Tu n’as aucun droit sur ta sœur. Elle ne porte pas le poids de ta réputation sur les épaules. Commence déjà par te montrer respectable, et le respect s’imposera ! Il te voit !  Il connaît le contenu des poitrines. Et dans la tienne, il y a un peu trop de haine et de jugements, là  où il devrait y avoir de la douceur et de la compassion.

On parle beaucoup de violences conjugales, mais on ne parle pas de ces gifles, ces crachats humiliants, ces coups de poings donnés pour un port de décolleté, un texto de mec intercepté, une bouffe mal assaisonnée. Tout ça sous les yeux d’une mère endolorie mais complice et d’un père qui a retiré sa casquette de père lorsqu’il a mis au monde un champion du monde de  lâcheté , qui ne voit plus toute la souffrance qui végète sous le toit qu’il a pourtant  vaillamment  construit.

A ces sœurs, jugées dehors et jugées chez elles : un peu de « Home, sweet homme » !!!

Tu m’aimes en Dieu, ou tu m’aimes tout court?

Je t’aime tout court. Mais genre tellement. Le soir, je retiens quelques minutes mon souffle pour m’emplir d’une douleur, me la faire familière et me désemplir un peu de toi. Le monde entier pourrait vanter ma beauté que je ne voudrais que tes doigts saisissant ma chevelure rebelle.  Le monde pourrait te dire étranger que je te voudrais mien. Je t’aime démesurément dans l’interdit, mon amour dépasse les liens sacrés mais je sens qu’Il ne m’interdit pas de t’aimer. Olfa, tu es immature, la vie ce n’est pas ça, la vie c’est se marier, avoir des enfants, avoir une vie stable. Je tangue sur des rivages gravés dans un monde de stabilité, je vais au boulot en titubant comme une alcoolique incomprise, loup-garou resté figé dans son apparence de paria à la lumière du jour. Toujours un peu trop passionnée, toujours un peu trop sensible dans ce monde où les apparences règnent, glorieusement !

Il ne faut pas l’aimer ! Il ne faut pas l’aimer ! Je psalmodie ces paroles d’êtres qui m’aiment, bien-pensants, bienfaisants !  Mais l’empreinte de ta main me ronge l’épaule comme un membre fantôme. Un peu de volonté, Olfa, tu es faible. Oui, oui, je sors ce soir avec des amis, on va se changer les idées. Et dans chaque éclat de sourire, il y aura  ce goût amer infligeant à l’espoir la désillusion des dépressifs.

A qui tu penses Olfa ? Je ne réponds même pas, ma gorge enserrée déglutit un grommèlement. Je dis « personne » mais personne ne sait … ça ne se dit pas qu’on aime, et ça se dit encore moins que je t’aime toi.

Et même le destin n’est pas assez costaud face à l’infortune que notre histoire incarne. Dans l’au-delà sinon ? Va pour l’au-delà, en attendant, j’aurai eu le temps de voir défiler mille saisons d’amour sans jamais voir éclore le bonheur…

Tirade de la mère-Le Roi des Connards

La mère, seule

Seigneur, pourquoi ces filles ? Elles qui auraient dû être mes alliées. Elles qui devraient me donner leurs âmes. J’ai déchiré mon ventre 5 fois pour mettre ces enfants au monde. Tu m’as pris deux fils et m’en as laissé qu’un seul. Et tu m’as donné ces filles ingrates. Je les aime pourtant si fort mais elles voudront toujours se liguer contre moi. Mariée à 17 ans, il est rentré dans la chambre et je n’étais encore qu’une enfant. Papa me racontait des contes mozabites le soir sur le toit, on comptait les étoiles et il chuchotait jusqu’à ce que mon cœur ralentisse. C’était une belle journée, je lavais le linge avec Safia, ma petite sœur chérie. Les matinées du Sud nous brûlaient le dos mais on se rafraichissait à grandes jetées d’eau, enfantines, cristallines. La vie était pure. C’était une belle journée, on m’a ensuite lavée jusqu’à la surface du vagin, on m’a épilé le corps avec du sucre brûlant. Les youyous sont devenus de plus en plus inaudibles et il est entré dans la chambre. Après cela,  tous mes souvenirs d’enfance ont disparu. Et aujourd’hui me voilà seule, mes propres filles me tournent le dos, elles qui ont droit à l’éducation, elles ne me font pas confiance. Qui mieux que moi pourrait les comprendre ? C’est un monde d’hommes et de même qu’il a pénétré ma chambre comme un voleur, il gagnera toujours. C’est un monde d’hommes et elles veulent régner.

Projet mise en scène- Le Roi des connards

« On a pas commis un crime Loula, on a tué personne. Ma douce, tu m’as comprise? C’est nous les assassinées, les écorchées, les violées. On s’est même pas défendues, on s’est même pas débattus. Regarde tes mains Loula comme elles sont blanches et pures. Regarde le ciel, Il ne voit aucun crime, il voit deux âmes perdues au bord du précipice. C’était soit on le tuait ce fils de chienne, soit on sautait. Sur ma vie, Loula, je ne sauterai jamais »

Maïssanne et Loula, deux soeurs assassinent leur frère et cachent le corps dans la maison familiale. La disparition du frère libère la parole des femmes dans une culture sexiste et atrocement violente!