Guerres amoureuses, amours de guerre…

1,2,3 …. Qui aurait cru que je compterai les ossatures de mes flancs à travers cette peau que tu aimais tant caressée?

J’ai faim, tu as faim, nous avons faim. Bref, c’est la guerre et nous sommes du côté des infidèles mais l’un à l’autre nous demeurons fidèles. Puissions-nous vers Lui hisser notre âme à bout de bras fragiles.

Et tant qu’il y a l’amour, et tant qu’il y à la vie…enfin…..

Tu sais que la vie nous échappe et qu’on s’accroche à elle, morbides en creusant un peu plus nos pommettes et en prononçant le incha’Allah…le secours viendra…enfin

Et c’est la guerre mais l’un à l’autre nous demeurons fidèles….

Hier encore, ton regard absorbait toutes les molécules d’espoir  et tu dessinais parfois ses petits pieds, amoureusement, au prochain petit fruit de notre amour. Et nous voulions la vie car tant qu’il y a l’amour…enfin…

Et je t’aimais, je t’aime et… j’aimerais encore t’aimer demain…

On n’a jamais pu se mentir toi et moi, et même si on évoque le drap nuptial pour ne jamais chuchoter le linceul, on sait qu’on va bientôt y passer. Car même si les trous qui déforment le moindre de mes rictus  n’auront pas eu raison de ta flamme pour moi, la mort ne fait jamais de sentiments quand le pain manque à l’appel.

Alors aime-moi encore un peu, enserre mon squelette embaumé d’un parfum de jasmin, extrait d’un flacon de fragrances musquées  dont je conserve les dernières gouttes. Je continuerai à tracer un trait de khôl sur mes paupières bleuies par le froid et la faim pour que tu économises les efforts de ton désir.

Elles rient parfois les filles du voisin quand elles me voient reformer mes boucles sèches avec mes doigts. Bien que le peigne, la chair et le rimmel scintillant des jours anciens me fassent défaut, je saurai me faire belle pour toi. Ton amour est une question de vie ou de mort.. rien d’autre !

Car tant qu’il y a de l’amour, il y a de la vie.

Croise une dernière fois tes phalanges rugueuses avec mes doigts osseux. On ne s’est jamais autant aimé je crois et ton regard aux reflets aqueux  me feront peut –être oublié tout ce que cette foutue guerre m’aura arraché.