5 choses que seuls les enfants d’immigrés comprendront

1/ Ton pays d’origine sera ta seule destination de vacances jusqu’à tes 25 ans

L’Algérie est certes un beau pays dans lequel tu rêves de pouvoir un jour emmener tes futurs rejetons. Mais tu aimerais explorer des contrées plus lointaines et plus exotiques, adosser ta grosse tête à d’autres arbres que le palmier  fournisseur de  Deglet Nour : fruit mielleux qui alourdira davantage l’excédent de bagages à chaque retour de pèlerinage. Tu rêverais de déguster des piña colada halal en souriant à un beau gars musclé qui possède encore toutes ses dents sur une plage de sable fin. Mais non ! La gazouz tu boiras, du Laban tu dégusteras en admirant les couchers de soleil, sur le stah brûlant, chaussé de claquettes en plastique. Par Mhemed, le garagiste moustachu en marcel, tu seras demandée  en mariage après un  échange de regard unilatéral avec option  « haussement de sourcils broussailleux ».

Et ne t’avise surtout pas de te plaindre, tu risquerais d’entendre le doux son du père qui te mettrait sous le nez la facture Aigle Azur attestant qu’il a mis toutes ses économies dans ce voyage de rêve car toi qui vouli li souleil, li facances, la mousique, tu es plus que servi.  Te voilà carbonisé par le soleil algérien qui te fait siester de 13h à 18h. Tu peux toujours t’ambiancer avec du Cheb Khalass, le loveur de Sétif, un chanteur dont les paroles te feront fondre. « Apporte-moi ton verre et fais-moi boire » entonne-t-il à sa belle dans le premier couplet.

2/ Ta mère te parlera de ton mariage dès l’âge de deux ans.

Ton trousseau tu constitueras en priorité. Car c’est le mariage qui te fera entrer dans la cour des grands. « Quand tu te marieras incha’Allah » sera la phrase préférée de ta mère.

-Tes problèmes d’acné disparaîtront quand tu te marieras.

-Tu pourras sortir quand tu veux, quand tu te marieras.

-Tu pourras t’épiler les jambes quand tu te marieras.

-Tu auras un copain quand tu te marieras (ton mari quoi^^).

D’autre part, tu checkeras régulièrement ta date de validité de célibat. Plus tu t’approcheras de la trentaine, plus ton potentiel 3roussa déclinera et chaque dispute entre ta douce mère et toi sera une parfaite occasion pour te manger dans la gueule un « de toute façon, toi t’es périmée »

 

3/ Enfant, tu seras déjà un adulte

Du  « atey » tu boiras à 23 heures en regardant Canal Algérie quand tous tes petits camarades de classe auront adorablement glissé dans les bras de Morphée, bercés par  une veilleuse en forme d’étoile sur la table de chevet.

Les factures EDF-GDF tu sauras remplir en CP car il faut bien que « licoule » serve à quelque chose hein ?!

La pastèque  au marché, tu sauras négocier.

Les poupées et les camions de pompiers en jouet, tu snoberas et quand tu auras la possibilité de choisir un cadeau dans le catalogue de Noel donné par le travail de ton père, la couette molletonnée tu choisiras, sous le regard bienveillant de ton père.

4/ Aux yeux de tes parents, tu seras toujours suspect.

Tout ce que tu fais sera toujours considéré comme suspect. Le Coran sera le gage de vérité que ton tendre papounet sortira à la moindre occasion, pour vérifier ton honnêteté. Tu n’auras jamais intérêt à esquisser le moindre sourire quand il te parlera de quelque chose de sérieux au risque de te voir infliger un coup du lapin par le truchement d’une claque salée, agrémentée d’un « ti tfou dma guile ». Ta chambre sera contrôlée régulièrement par mesure de piété et ne t’avise surtout pas d’invoquer l’argument de l’intimité si tu ne veux pas engendrer encore plus de méfiance. Car le mot intimité est analysé en un millième de seconde dans la matrice cérébrale de la mère et se trouve  traduit par « elle cache quelque chose cette qahba »

5/ Ton appartement sentira toujours cette douce odeur de nourriture.

Tu sentiras toujours le couscous, l’huile, la sauce, le mafé même après une bonne douche et trois tonnes de parfum. Mais la « vie est belle » et elle ne serait pas aussi belle sans une bonne marga avec des batatas. 🙂

 

Il est mieux là où il est…

Je suis assise sur les marches du bâtiment B. Yemma  m’a demandé d’acheter des pois chiches chez l’épicier du centre commercial pour le couscous dominical. Et je reste assise sur les marches en regardant les passants sans vraiment les regarder. Personne ne semble s’apercevoir de ma présence. Baya hurle par la fenêtre. Ça fait une demi-heure que ses gosses  creusent des trous dans le sol et y enterrent des araignées mortes.  « Rayan, Ines, rentrez ou je viens vous chercher bessif » Ils se regardent et ricanent comme des petits diablotins en admirant leur chef d’œuvre macabre.

–  Rayane , viens on s’enterre comme cet été au bled »

-Mais t’es bête ou quoi, ça, marche avec le sable, si j’enterre ta grosse tête ici, tu clamses !

Je les regarde et un léger rictus incontrôlé se forme sur mon visage. Et puis je me dis que c’est normal qu’on s’éteigne si tôt et si vite ici quand nos  jeux d’enfants nous prédestinent à nous  jouer de la mort.

Mes yeux sont transis de peine et de froid, tellement que mes larmes  naissantes se cristallisent et me brouillent la vue en figeant mon regard.

-Bien Olfa, ça dit quoi ?

C’est Isma qui pose sa moto contre le mur de l’immeuble.

-Toi t’es bizarre, on te parle, tu ne réponds pas.

Il remonte, compose le code et s’immobilise. Il comprend, il se souvient. Les images lui reviennent sans doute en tête. Lassanna et moi remontant l’allée,  un mushaf sous le bras, quittant la madrassa ;  moi narguant mon meilleur ami  qui,  incapable de prononcer le qaf, se vexait faussement  et me frottait la tête énergiquement pour me décoiffer. Puis Lassana et moi revenant de la bibliothèque municipale après avoir bachoté nos cours de première année de fac. Lassana et Olfa, les deux enfants prodiges du tiéqar. La preuve que l’amitié homme-femme peut exister. On en avait fait des jaloux et des jalouses.

Pourtant quand j’y pense, j’ai l’air d’une veuve à la con, assise sur mes marches, paralysée par la douleur, incapable de remonter ce paquet de pois  à ma mère qui doit s’impatienter. Tu m’aurais tellement vannée vieux !

-Allah yarhmou Olf, il est bien où il est le frerot, t’inquiète ! Me balance  Isma  en laissant la porte se refermer derrière lui.  Il paiera, le fils de pute de flic qui lui a fait ça..

Ouais ouais que Dieu te fasse miséricorde parce que la vie elle s’est bien chargée de t’en priver de sa miséricorde. Putain Lassana t’étais l’espoir bordel ! Je me souviens de tes grandes dents blanches, de tes longs doigts osseux, de ta démarche de vieux sage qui faisait rire tous les petits.  Loin d’avoir la cote avec les filles, tu faisais quand même rougir Sana quand tu la croisais parce que t’étais beau et que tu n’étais pas le genre à briser des cœurs. Je ne sais même pas si tu auras connu une histoire d’amour dans ta courte vie.  Personne ne sait qui tu es et tu ne feras même pas la une des journaux parce que c’était le bordel et qu’on ne sait même pas vraiment comment tu es mort.

Alors que je rêve de toi, de nos délires, Layla passe en ajustant son foulard. Elle pose sa main sur mon épaule et dis « Olfa, y a ta mère qui t’appelle depuis tout à l’heure, rentre chez toi maintenant et va réviser »

Je ne bouge pas.

« Olfa, c’est la volonté de Dieu, ça fait dix jours maintenant, tu nous rends pas service en déprimant comme ça, bouge-toi !! »  Insiste-t-elle.

Je ne réponds pas, mais j’ai envie de lui crier :

« Layla, t’es forte, comment tu fais pour vivre sans lui ? Layla, je vais faire quoi de tous nos rêves ? Layla laisse-moi apprendre à vivre avec la douleur, la perte et ses mille promesses hurlant de douleur dans une boite entérinée. Layla, mourir jeune, c’est mourir lentement dans le temps et faire vieillir les gens qui ont placé leur espoir en nous. Layla, la mort dans ce genre de circonstances fait de nous des zombies dans une société de plus en plus malade. Lalya,  je souffre de voir mon héros sombrer dans l’oubli, et je me souviens qu’il n’est qu’une poussière dans ce cosmos de squelettes, à peine identifiables dont les pierres tombales ne sont fleuries que par le souffle consolateur de la justice divine.

Mais je ne dis rien, j’attrape mon sac de pois et je ravale ma peine.

C’est à Lui que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournerons.

Il y a dix jours, Lassana est mort..

 

De Yassine à moi au-delà des ruines

J’ai rencontré Yassine pour la première fois sur le bord d’une route. Je roulais pour aller rendre visite à mes parents quand je me suis arrêtée pour lui tendre une pièce. Il a gardé ma main dans la sienne puis il m’a  dit « que Dieu te garde ». La fatigue, l’épuisement et la tristesse n’altéraient pas la beauté de son regard émeraude.

J’ai revu Yassine plusieurs fois à l’embouchure de la A86 où les voitures défilent aussi vite que nos vies, polluant les espoirs des petites mains de mendiants miniatures qui se referment et s’ouvrent comme des cœurs affamés.

Et nous parlions franglish la plupart du temps, quand je ne composais pas avec mon dialecte algérien et  maladroit. Mes « chouia-chouia » amusaient beaucoup mon adorable ami Syrien dont les « kayfa halouki ?» avaient le sens que les « ça va ? » parisiens devraient envier.

Yassine était un réfugié de 23 ans qui avait perdu son père, sa  mère et sa petite sœur dans un bombardement à Alep. Il avait embarqué sur un petit bateau de pêcheurs puis avait traversé des pays inconnus qui l’avaient dévisagé avec un unique regard dont il s’était accoutumé, anesthésié par la guerre, paralysé par la peur, insensible au mépris car Dieu sait quand ils ne savent rien.  Puis il s’était retrouvé aux portes de la capitale du beau goût, cité  qu’il percevait comme une fourmilière de possibilités et de survie, un horizon après le chaos. Il me parlait de ses projets, poursuivre ses études de biologie ou du moins les recommencer.

Et j’ai osé lui demander comment  il trouvait la force de recommencer. Il me dit «  La vie n’est que recommencement et reconstruction, si tu savais Olfa comme j’ai mal quand je pense à mes parents, ma sœur, au café où mes amis et moi avions l’habitude de prendre le thé le soir en rêvant de l’avenir. Ma famille est auprès du Dieu, mon petit café a volé en éclats, mes amis sont morts ou disparus et l’avenir se dérobe à mes espoirs. Mais j’ai fait un long chemin jusqu’ici, il faut que j’honore la vie qui m’a été donnée »

Quand j’ai rencontré Yassine, j’ai pensé à mes propres douleurs, à mes chagrins et à la peur de ne jamais pouvoir échapper à mon passé, de ne plus jamais pouvoir aimer. Yassine était parti pour tout recommencer sans autre bagage que son espoir et ses ambitions. Dieu seul sait si ça suffirait mais….

Parfois il faut rebâtir sur des ruines, de l’humiliation, de la douleur. Nul n’est prophète en son propre pays…alors partons s’il le faut….merci Yassine pour ton courage, car oui le courage est contagieux Louange à Dieu !!!

 

Amour au beur noir

beur noirLa première fois qu’on s’est vu, j’avais un œil au beurre noir. Tout le monde m’avait jusqu’alors demandé « Qu’est ce qui t’est arrivé ? ». Mais toi, inconnu dépourvu de tact, tu as franchement osé: « Qui vous a fait ça ? » Et moi, au tac au tac de répondre: « Ca y est, je suis une arabe, direct j’ai l’air d’une femme battue? » Tu m’as avoué quelques semaines plus tard que tu avais voulu jouer le mec protecteur pour m’approcher, mais la lionne a vite baissé la garde face à mon charme, tu te plaisais à raconter à notre commun entourage. Et même si c’est vrai, je te réponds que tu me faisais aucun effet dans ton tee-shirt moulax et que les renois, à la base, c’est pas mon truc.

Et c’est comme ça qu’on  fonctionnait, toi et moi : concours de punchlines, défi amoureux, pics courroucés de jalousie et un brin de tendresse entre deux combats de regard. Un amour profond  et sauvage, se refusant tous les clichés du couple rebeu/ renoi. Aucun de nous ne représentait pour l’autre un fantasme inassouvi d’un quelconque interdit de banlieue. Tu avais toujours craqué pour les blondes et moi je n’avais jamais aimé aucun homme…… à part mon père.

Mais tu étais différent. Tu ne listais jamais ce que tu aimais chez moi. Tu m’observais des heures durant,  amoureusement,  sans laisser échapper le moindre compliment. Et je savais que tu savais que je t’aimais dans le silence, sans le verbe de trop qui veut tout dire et qui ne veut rien dire à la fois. Tu imposais ta présence sans jamais gêner, et lorsqu’on se quittait, tu ne partais pas avant d’avoir entendu le grincement de la serrure de chez moi. Romantique à souhait, tu m’écrivais des poèmes peuls sur mes recueils de poèmes français, car tu voulais que je sois tienne et que ta langue soit un peu mienne aussi. J’en ai très peu su à ton sujet mais je savais que tu serais là chaque fois que mon regard hagard chercherait un peu d’horizon humain.

Avec toi, je ne me sentais pas belle, je l’étais, incontestablement !

Et que tu étais beau ! C’est drôle, aucun de tes traits n’est particulièrement délicat mais ton visage incarne l’harmonie parfaite entre le viril et l’enfant : Un sourire puissant, un regard franc et les dents du bonheur me faisant tomber dans tes bras toujours un peu plus.

Tu ne parlais jamais de moi à l’extérieur mais tout ton entourage savait qui j’étais. Il a toujours parlé de ses ex mais toi, il n’ose pas en parler : il ne veut pas montrer qu’il a peur. De te perdre…

Tu ne montrais jamais tes craintes, tes doutes concernant notre histoire. Tu ne voulais pas rendre ça réel. Un jour, après une dispute, je t’ai balancé « Tu me crois acquise, c’est pour ça que tu fais le malin, je te déteste » Tu as ri et tu m’as répondu « Toi la rebelle du FLN, acquise ? Toujours prête à balancer une grenade et à t’enfuir, toi t’es tout sauf acquise ». Et on riait, mon Dieu qu’est ce qu’on riait et ça nous sauvait des disputes, de l’hostilité des autres, de l’amertume que ton teint ébène faisait apparaître sur les visages maures. Du moins, ça nous a sauvés un moment puis Souley est redevenu Souley et Olfa a repris le chemin de la solitude.

Et quand tu me croises, tu ne souris plus, tu sais bien que j’ai le cœur au beur noir et tu ne demandes pas car tu sais très bien qui m’a fait ça !

Un peu de home sweet homme

 

Coup de téléphone surprenant à 23h de ma cousine Zahira. J’entends des larmes étouffées par des sanglots ravalés. Elle chuchote, je ne comprends rien. Je comprends difficilement qu’elle a mal à la mâchoire, qu’elle veut que je passe la voir car elle ne veut pas rester toute seule. Elle n’arrive pas à reprendre son souffle. Je déboule chez elle en furie, sa mère me fait signe de monter dans sa chambre sans faire de bruits. Je la trouve au fond de la pièce, un rouleau de sopalin à la main et un sac de haricots surgelés lui comprimant la joue droite. Elle m’explique : son frère lui a asséné un violent coup de poing parce qu’il l’a aperçue avec son mec au centre commercial. Et il n’aurait pas si bien accompli son devoir fraternel s’il ne l’avait pas gratifiée d’un élégant « sale pute » en repartant rejoindre sa bande de potes écervelés.

-Zahira, j’attends qu’il rentre, je vais lui défoncer sa petite gueule de fumeur de chicha fruitée.

-Non Olfa, s’il-te-plait, ce serait pire après, et il va s’en prendre à toi.

-Oh mais qu’il essaie, s’il a la violence facile, j’ai la barre de fer docile moi !

Bon, c’est vrai que je suis une sauvage et que ma réaction était certainement tout aussi débile que la sienne mais j’avais une telle rage de voir que personne mais personne n’avait l’intention de réagir. Mais pire que ça, je savais que  la brute allait rentrer chez elle  à 2h du mat, se souvenant entre deux verres d’oasis alcoolisés qu’elle a une famille. Pendant ce temps, Razika chercherait un peu de paix dans un sommeil tuméfié.

Le lendemain, je vois une ancienne copine du quartier à qui je raconte cette histoire, persuadée naïvement que la solidarité féminine aurait raison d’un trouble cérébral causé par une perte de neurones qui avait fait d’elle une… hmara (désolée,  c’est le seul mot qui m’est venu à l’esprit).

« Ouais je comprends Olfa, elle me fait pitié Zahira meskina mais c’est son frère wesh, c’est pas son mec. En plus, s’il l’a frappée, c’est qu’il l’aime, elle aussi pourquoi elle se balade avec son mec ? Elle se fait tricardiser devant tout le monde. Elle respecte personne aussi, wesh ! »

En dépit de la redondance agaçante du mot wesh dans cette discussion stérile, je n’ai été scandalisée que par le contenu misérable de son discours… enfin de sa pensée …enfin des trucs qui sont sortis de sa tête quoi !

Alors si je comprends bien, le lien fraternel  lui conférerait  un passe-violence éducatif qui en plus s’avère être un gage d’amour. Donc en gros, je peux distribuer des droites aux gens que j’aime puis ignorer la douleur causée par mes coups.

Si je comprends bien, elle l’avait bien cherché puisqu’elle s’était baladée avec son petit copain au centre-ville, menaçant l’honneur familial. Ok ! Donc quand il prend un abonnement chez Michetonneuse + et qu’il drague tout ce qui ressemble de près ou de loin à un porte-fesses dans la rue, j’ai le droit de lui flanquer une raclée pour  le remettre sur les rails ?

Putain, mais on ne sauve pas l’honneur de sa sœur en lui flanquant une droite. Déjà, il n’y a rien à sauver. Elle a un petit copain, elle ne vient pas de gagner le concours national de lap danse. Et si tu désapprouves le choix de ta sœur par amour, dis-le-lui ! Avec amour bordel !

Ce message s’adresse à toi, frère dont les violences sont passées sous silence. Tu n’as aucun droit sur ta sœur. Elle ne porte pas le poids de ta réputation sur les épaules. Commence déjà par te montrer respectable, et le respect s’imposera ! Il te voit !  Il connaît le contenu des poitrines. Et dans la tienne, il y a un peu trop de haine et de jugements, là  où il devrait y avoir de la douceur et de la compassion.

On parle beaucoup de violences conjugales, mais on ne parle pas de ces gifles, ces crachats humiliants, ces coups de poings donnés pour un port de décolleté, un texto de mec intercepté, une bouffe mal assaisonnée. Tout ça sous les yeux d’une mère endolorie mais complice et d’un père qui a retiré sa casquette de père lorsqu’il a mis au monde un champion du monde de  lâcheté , qui ne voit plus toute la souffrance qui végète sous le toit qu’il a pourtant  vaillamment  construit.

A ces sœurs, jugées dehors et jugées chez elles : un peu de « Home, sweet homme » !!!

Tu m’aimes en Dieu, ou tu m’aimes tout court?

Je t’aime tout court. Mais genre tellement. Le soir, je retiens quelques minutes mon souffle pour m’emplir d’une douleur, me la faire familière et me désemplir un peu de toi. Le monde entier pourrait vanter ma beauté que je ne voudrais que tes doigts saisissant ma chevelure rebelle.  Le monde pourrait te dire étranger que je te voudrais mien. Je t’aime démesurément dans l’interdit, mon amour dépasse les liens sacrés mais je sens qu’Il ne m’interdit pas de t’aimer. Olfa, tu es immature, la vie ce n’est pas ça, la vie c’est se marier, avoir des enfants, avoir une vie stable. Je tangue sur des rivages gravés dans un monde de stabilité, je vais au boulot en titubant comme une alcoolique incomprise, loup-garou resté figé dans son apparence de paria à la lumière du jour. Toujours un peu trop passionnée, toujours un peu trop sensible dans ce monde où les apparences règnent, glorieusement !

Il ne faut pas l’aimer ! Il ne faut pas l’aimer ! Je psalmodie ces paroles d’êtres qui m’aiment, bien-pensants, bienfaisants !  Mais l’empreinte de ta main me ronge l’épaule comme un membre fantôme. Un peu de volonté, Olfa, tu es faible. Oui, oui, je sors ce soir avec des amis, on va se changer les idées. Et dans chaque éclat de sourire, il y aura  ce goût amer infligeant à l’espoir la désillusion des dépressifs.

A qui tu penses Olfa ? Je ne réponds même pas, ma gorge enserrée déglutit un grommèlement. Je dis « personne » mais personne ne sait … ça ne se dit pas qu’on aime, et ça se dit encore moins que je t’aime toi.

Et même le destin n’est pas assez costaud face à l’infortune que notre histoire incarne. Dans l’au-delà sinon ? Va pour l’au-delà, en attendant, j’aurai eu le temps de voir défiler mille saisons d’amour sans jamais voir éclore le bonheur…

Y aura toujours une connasse

Peu importe où j’ai traîné mes pattes de rebeu mal dans sa peau, y a toujours eu une connasse sur mon chemin. Toujours une meuf sûre d’elle pour te briser tes rêves, toujours une experte en matière de couple pour te dire que ton homme  te trompe sûrement, toujours une belle-sœur pour te faire prendre conscience contre ton gré que ta vie c’est de la merde.

Tout a commencé au collège, alors que mes rêves arrachaient Lucas de son sommeil pour l’intégrer au mien. Comme toute bouffonne  qui se respecte un  peu, j’avais griffonné son prénom en veillant à dessiner délicatement un petit cœur au-dessus du « i ». J’étais cependant décidée à préserver ma flamme de tous les commérages et de tous les encouragements de beurettes, qui s’aviseraient de me faire des clins d’œil lorsqu’il s’approcherait de moi, en murmurant des « tiens vla ton mec » ou même pire,  en me proposant leurs services de maquerelles, certifiées par le « haut conseil des sorcières blondes platine avec du henna sur les doigts de pieds hors période de l’Aid ». Non choukrane, vraiment très peu pour moi. Donc je disais, je voulais garder l’identité du Jules portugais de mes rêves bah… dans mes rêves en fait ! Mais c’était sans compter l’espionnage sans merci de Linda, une fille qui était tellement jalouse de mes bons résultats,  qu’elle cumulait grippe sur grippe et qu’elle s’entraînait depuis le CP à prononcer le fameux « cheh » pour le détonner le jour de la chute de la grande Olfa. Donc à force d’espionnages effrénés, elle sut enfin pourquoi j’étais en état de beug émotionnel  toutes les dix minutes.

«  Olfa, laisse tomber il aime Laura

-Laura la grosse de 3ième D

-Oui, tu comprends, elle, elle a des fesses. Mais  toi  t’as du charme Olfa, hein… »

Après avoir mesuré l’épaisseur de mon derrière avec un rapporteur, je suis partie  demander à Selim (mon broth’a) s’il me trouvait bien pourvue. Ce dernier ne manqua pas de m’allumer en me comparant à une lune  « belle et lumineuse de loin, mais dégueulasse et pleine de cratères de près ». Lui et sa tête de mouche lépreuse, il pouvait bien se garder de faire ce  genre de commentaires. Bref, après quelques jours de gros complexes, Lucas  m’invita au cinéma en m’avouant qu’il craquait pour moi depuis des semaines. Cette idylle ne dura que jusqu’au moment où je m’aperçus qu’il était totalement débile et qu’il pensait que Pythagore était  encore vivant. Néanmoins, la première connasse de ma vie, avait failli me persuader que j’étais bonne pour les oubliettes. BITCH !!!

Cet épisode ne fut suivi que de connasseries en tout genre : la copine qui te dit qu’il n’y a pas que le physique qui compte sous-entendant ta laideur évidente, la collègue de bureau de ton mari qui a préparé un cake pour les collègues,  juste pour montrer qu’elle sait faire des gâteaux, après t’avoir entendu dire au repas de Noël que tu étais une piètre cuisinière . Pathétique !!!! Il y a plusieurs types de connasses mais elles ont toujours un objectif guidé par la jalousie : te pourrir l’existence.

Ma copine Liv se charge de sa connasse en répondant par connasserie. La sienne s’appelle Julie, c’est sa collègue. Tu vois, ce genre de femmes que tout le monde adore parce que tellement sympathique, qui fait de la natation synchronisée, qui porte un petit blouson en cuir, un carré plongeant et qui dit toujours qu’elle préfère rester  naturelle,  toisant ton trait de eyeliner aussi régulier que son seum. La fille qui fait des scones aux noix de pécan et qui dit à tout le monde qu’elle a fait ça « vite fait », alors qu’il est évident  qu’elle a placé les noix avec minutie pendant mille ans. Quand elle sort son tupperware décoré par des coccinelles, Liv garde son calme, refuse avec classe et une pointe de mépris, qui veulent dire « tes scones ne me tentent pas du tout » Mais ce que Julie ne sait pas, c’est que Liv en pique un dès que la conasse est partie,  parce qu’il faut avouer qu’ils sont pas mal ses scones. Notre potentiel de conasserie est dépassé par notre gourmandise. Car en bonnes bouffonnes, nous on mange, on grossit, on rigole spontanément, on pleure quand quelqu’un souffre, même quand il s’agit d’une connasse mais on ne vit pas par procuration. La connasse voudra toujours ta vie, ton mec, tes cheveux, et parfois même juste ta bonté et ton enthousiasme.

 

 

 

 

Olfa, féministe cheloue

 

« Maman, je veux pas devenir une femme ».  Et ma mère de me regarder en faisant un geste obscène qui signifiait « regarde entre tes jambes, t’as pas le choix ma fille ». Mais la question n’était pas là, la question était mentale, cérébrale, culturelle. Ma féminité, j’ai cru la refouler pendant longtemps. J’ai cru que laisser mes poils pousser, mettre une brassière et non un soutien-gorge, remplacer la marelle par le football conjureraient le sort qui devait s’abattre sur moi à la puberté. Mais une femme demeure une femme et même Lydia ma voisine de palier dont les pieds ne juraient que par les Air Max et qui se targuait de pisser debout n’était jamais acceptée aux parties de foot dominicales organisées par les anciens du quartier. « Vas-y tu vas nous ralentir Lydi » lui lançait Walid en reluquant ses fesses dès qu’elle avait le dos tourné.

A 15 ans, ma vie a basculé dans une morosité que je ne méritais pas. Tout me rappelait que j’étais d’une race inférieure. A commencer par les ambitions que mes parents avaient prévues pour mes petites épaules maigrichonnes. Mon petit frère, lui était  un futur médecin dans l’imaginaire du paternel et dans ses conversations fallacieuses avec sa mère restée au bled, ce désir s’était réalisé avant l’heure car Selim était apprenti dans le cabinet de notre médecin traitant. Mais quel couple de mythomanes ils formaient avec ma mère. Ils s’étaient inventés une « french  life » dans laquelle mon père n’était plus chômeur et ma mère avait une femme de ménage et enfermait son kilo d’or dans une armoire en marbre. Bref, mon avenir fut cloisonné par cette demi-phrase arbitraire « comme ta sœur ». Et moi bêtement, je tentais d’argumenter qu’on avait chacune des aspirations personnelles, des rêves, une individualité. Et elle de me regarder le sourcil froncé et haussé en même temps  (Ne cherchez pas, il n’y a qu’elle au monde qui puisse réaliser cet exploit sourcilo-musculaire) : expression voulant dire « tu es un produit femme, ferme-la, sois contente d’avoir ta chambre, d’aller à l’école, de lâcher tes cheveux et de mettre des jeans ». J’avais un tel désir d’émancipation et j’ai cru que vivre dans un pays européen, notre douce France, cher pays de notre enfance, m’offrirait un espace  pour mon élan féministe.

Mais c’était sans compter la verve de débilité des Lobby féministes ET putes, ET soumises, Chienne de garde la pêche, Les barges aux seins tatoués  et Fuck les mecs qui se servent de la cause des femmes pour légitimer une xénophobie abjecte et rejeter toute forme de morale et de respect.

Finalement, j’ai vu des femmes souffrir de toutes les cultures, chacune étouffant notre droit d’exister, notre droit d’être belles, notre droit de disposer de notre corps, le droit de prendre sa vie en main. Le cul entre deux mains, celle de l’homme matcho impérialiste et dominant qui ne veut pas te voir évoluer intellectuellement, prendre la parole, prendre la parole et la déclamer en milliers de vers d’amour et celle de la féministe délurée et frustrée qui t’interdit de tomber amoureuse, te fait culpabiliser quand tu dévoiles à celui que tu aimes les cent facettes de ta vulnérabilité, quand tu baisses le regard devant un homme qui te plaît…

J’ai eu honte d’être musulmane parfois et j’ai maintenant honte d’avoir eu honte de mes croyances. J’ai dû nous justifier quand on accusait les miens d’être misogynes mais je ne m’excuse plus. C’est vrai qu’être une femme dans une culture arabe m’a obligé à crier deux fois plus mes envies, à hurler encore plus fort mes rêves et à chuchoter mes désirs. Mais ce n’est pas l’Islam qui soit responsable de ces contradictions : c’est la complicité des femmes dans le système machiste. En tant que « grande gueule certifiée »,  je dis stop aux catégorisations de femme (la bonne, la frigide, la femme « machallah », la bonne à marier, …) et oui aux artistes, aux femmes libres, libres d’aimer, libres de plaire, libres d’être belles, libres d’enrouler leurs cheveux dans un foulard de soie ou de les laisser voler au vent. Moi, Olfa féministe chelou déclare la guerre aux fausses féministes qu’on a placées volontairement à l’avant-garde de la République….

C’est Juste un prénom pourtant!

C’est juste un prénom pourtant !

« Olfa tu dis ? Ta mère a prononcé ton prénom quand elle dégueulait  ou quoi ? Tu commences mal dans la vie ma petite ! » O-L-F-A … quatre lettres se tenant  la main mais tellement mal assorties.

Ne me lisez pas comme ça avec vos petits yeux camés par les réseaux sociaux! Bah ouais je m’appelle Olfa, j’ai 25 ans et mon prénom est le début de ma contradiction !

Premièrement, je suis d’origine algérienne, je pourrais m’arrêter là et vous pourriez vous délecter en m’associant à tous les décérébrés qui courent torse-nu sur les Champs-Elysées après une défaite des Fennecs en criant « One Two Three viva l’Algérie », vous pourriez aussi imaginer que je suis impulsive au point de frapper dans un mur parce que ce dernier m’aurait mal regardée. Que je fais des youyous à chaque fois que je vois une couleur qui figure sur le drapeau national, que je ne sais pas pratiquer l’autodérision et que je trouve communément dérisoire d’assassiner quelqu’un qui aurait émis une critique sur ma patrie de cœur dans laquelle je ne mets les pieds qu’une fois l’année bissextile.

En fait, ma mère m’a donné un prénom tunisien parce qu’elle se prend pour une Tunisienne. Je vous assure, véridique, sur la tête d’Hammamet, que cette femme est schizophrène ! Elle nous prépare des « tajin jbin »(un genre d’omelette qui porte un titre pompeux de plat marocain) depuis qu’on a 4 ans et elle dit que ses grands-parents maternels sont Tunisiens et qu’ils ont émigré en Algérie dans les années 1900 quelque chose…..

Quelle mytho ma mère : on est algérien depuis au moins 1000 générations !! Et désolée de vous conforter dans vos préjugés mais nous sommes aussi impulsifs que les camerounais raffolent du poulet. On ne se défenestre pas à la moindre défaite de l’Algérie mais on transpire à grosses gouttes à chaque fois que l’équipe adverse frôle le ballon. Devant un match, je n’ai pas besoin de regarder Selim mon petit frère, car je l’entends  vociférer des menaces contre l’arbitre et se métamorphoser en un être hybride, entre l’homme de Cro-Magnon et l’acteur de tragédie grecque, alternant les « cheh » « pff » « tfou », « kho » et « wouaaah », reniflant sa morve et raclant sa gorge pendant la mi-temps comme s’il s’était téléporté depuis le stade jusqu’au salon familial. Puis pendant la seconde partie de l’acte Racino-algérien, clamer des interjections pathétiques du type  « Pourquoiii ?! » « Non !!! », « Pas possible !!! »….

Ainsi commence ma contradiction : Algérienne dans un pays qui a colonisé mes ancêtres, progéniture d’une mère qui s’est donnée  le droit de choisir ses origines et qui m’a inventé un lien avec un pays qui fait pencher ma tête à l’est quand mon cœur est à l’ouest, que ma plume est au nord,  et que mes sourcils sont partout… #emmanuelchainstyle

J’aurais bien aimé m’appeler Héloïse : que mon prénom laisse présager une beauté et une douceur rousseauistes. Que mes parents soient islamophobes et que je puisse être fière d’une histoire franco-française pleine de contradictions mais lisse et cohérente selon Hachette et Nathan.

Mais Olfa c’est à prendre ou à prendre, je n’ai pas le choix… j’aime quand même l’Algérie de loin depuis le Mexique, mon véritable  pays d’origine… Olfita, charmant, non ? Pourquoi pas ? Puisqu’on peut choisir son sexe, je choisis le Mexique pour cette année, je verrai en 2016….