Miséricorde

Ne m’oublie pas dans tes prières, et lorsque ton sein s’emplira d’un grain de miséricorde…

Oublie nos chagrins, oublie le besoin, la faim d’amour et nos sempiternelles discordes.

Oublie qu’on s’était aimé fougueusement et qu’un matin l’Eternel a coupé la corde.

Oublie mon visage abîmé par les gerçures du temps,  impitoyable aux hordes

De SOS lancés contre la montre,

De drames affrontés.

Et si on avait pu surmonter l’ennui et si on avait pu surmonter les pluies s’abattant sur nos vitres les jours de printemps ?

Et si on avait pu égrener le vent en s’étrennant d’une étreinte ?

Si on avait demandé pardon avant que la mort à mon cœur ne t’emprunte ?

Et si on n’avait pas changé ou si on avait changé sans s’écorcher les côtes ?

Achève-moi ou guéris-moi.

Mais dans tous les cas,

Couvre-moi

De ta miséricorde…

Si c’est tout ce qu’il nous reste….

Ils hurleront

Elles hurleront ces pauvres bêtes dont le funeste destin a calcifié les os.

Ils hurleront ces pauvres fidèles au clair de lune étincelant.

Les traques à l’aube traîtresse débuteront cinglantes.

Et celui dont le cœur contient des vœux sacrés

Jurant pourtant  mille fois aux intentions limpides

Portera  une mitre et une couronne d’épines

Et sera condamné, et sera condamné,

Regardera le ciel asséché par la honte,

Regardera les hommes et demandera des comptes.

Le silence grondera dans les sphères célestes;

Et l’humanité titubant sur la terre

Agonisera encore sans jamais disparaître.

Et ceux dont le front embrasse le sol brûlant

Voudront entendre encore le muezzin tremblant.

Ils hurleront qu’ils viennent pour propager la paix

Mais qui voudra  entendre cet affreux bourdonnement.

Le ciel une fois de plus violemment profané

Déversera des larmes en couleurs de pluie,

Lavant la face de l’homme barbouillé de sanglots,

Et ses mains ruisselantes de sang et de caillots

Agripperont la terre qui toujours est témoin

Des râles des victimes de l’orgueil des humains.

Ce jour de vieilles dames hurleront d’une même voix:

« Justice et mémoire pour tous nos sacrifiés ».

Marianne fera la manche le jupon déchiré;

L’ivrogne la débauchera comme une fille de joie.

Ce jour-là où la France notre patrie défunte

Emportera au diable laïcs, prêtres et pèlerins,

Il ne restera plus aucun homme de foi,

Il ne restera plus aucun homme de loi….

 

 

 

Guerres amoureuses, amours de guerre…

1,2,3 …. Qui aurait cru que je compterai les ossatures de mes flancs à travers cette peau que tu aimais tant caressée?

J’ai faim, tu as faim, nous avons faim. Bref, c’est la guerre et nous sommes du côté des infidèles mais l’un à l’autre nous demeurons fidèles. Puissions-nous vers Lui hisser notre âme à bout de bras fragiles.

Et tant qu’il y a l’amour, et tant qu’il y à la vie…enfin…..

Tu sais que la vie nous échappe et qu’on s’accroche à elle, morbides en creusant un peu plus nos pommettes et en prononçant le incha’Allah…le secours viendra…enfin

Et c’est la guerre mais l’un à l’autre nous demeurons fidèles….

Hier encore, ton regard absorbait toutes les molécules d’espoir  et tu dessinais parfois ses petits pieds, amoureusement, au prochain petit fruit de notre amour. Et nous voulions la vie car tant qu’il y a l’amour…enfin…

Et je t’aimais, je t’aime et… j’aimerais encore t’aimer demain…

On n’a jamais pu se mentir toi et moi, et même si on évoque le drap nuptial pour ne jamais chuchoter le linceul, on sait qu’on va bientôt y passer. Car même si les trous qui déforment le moindre de mes rictus  n’auront pas eu raison de ta flamme pour moi, la mort ne fait jamais de sentiments quand le pain manque à l’appel.

Alors aime-moi encore un peu, enserre mon squelette embaumé d’un parfum de jasmin, extrait d’un flacon de fragrances musquées  dont je conserve les dernières gouttes. Je continuerai à tracer un trait de khôl sur mes paupières bleuies par le froid et la faim pour que tu économises les efforts de ton désir.

Elles rient parfois les filles du voisin quand elles me voient reformer mes boucles sèches avec mes doigts. Bien que le peigne, la chair et le rimmel scintillant des jours anciens me fassent défaut, je saurai me faire belle pour toi. Ton amour est une question de vie ou de mort.. rien d’autre !

Car tant qu’il y a de l’amour, il y a de la vie.

Croise une dernière fois tes phalanges rugueuses avec mes doigts osseux. On ne s’est jamais autant aimé je crois et ton regard aux reflets aqueux  me feront peut –être oublié tout ce que cette foutue guerre m’aura arraché.

 

Je suis Bagdad

Je suis Bagdad, autrefois j’étais belle et courtisée dans un ce harem sauvage et impitoyable, j’ai brillé.

Citée de la paix, j’ai enfanté palais et mille et un artistes au cœur généreux, ma renommée n’avait d’égal que mon charme imparable.

J’ai connu des heures de gloire, mon aura couchée sur un parterre de soie, les voyageurs aguerris venaient à moi, hypnotisés par mes atours.

Princesse infortunée, on m’a attaquée mais j’ai gardé en mon sein la force de me relever.

Princesse déchue, humiliée et éventrée, je n’ai plus rien à donner, alors on se détourne de moi et qui se souvient de la sublime Bagdad aux multiples secrets en langue perse ou en langue arabe.

Je suis Bagdad, pauvre mendiante aux sublimes haillons, tu détournes le regard de ma chair ensanglantée. Enlaidie par la haine, enlaidie par la guerre, je resterai Bagdad…

 

 

Sanglots illégaux

Cet hiver Le givre ne glace plus mon âme ensevelie dans un désert sentimental

De là où je me trouve, j’essaie d’aligner des mots pour te  faire un calligramme

Un poème d’amour que je fais  renaitre de ses cendres froides

Mais il ne reste qu’une mélodie et des centaines de milliers de larmes

 

J’ai feuilleté tous les recueils de vers amoureux que mes pairs heureux brandissent

Aux tristes délaissés pour justifier leur bonheur et douce félicité égoïste

Mais je n’y trouve pas de façon de t’aimer dans un souffle, de t’aimer dans un délice

Je ne saurais que t’aimer dans une tempête au péril de nos vies déjà si tristes

 

Hier au milieu de la nuit, j’ai senti tes doigts frôler ma nuque et saisie d’effroi

J’ai parcouru la ville, je me suis rendue dans tous les lieux que tu affectionnes

J’ai couru dans les allés, j’ai bousculé les parisiens emmitouflés dans leur froid

Et voyant la paleur de mes pupilles personne n’a voulu me  faire l’aumône

Tu savais parfois hydrater mon regard asséché par ce monde tranchant

Tu savais  me proposer un avenir propice à mes meilleurs penchants

Je t’ai tellement aimé à m’en crever la poitrine

Je t’ai suivi dans le plus profond des abîmes

Et Je me suis cherchée dans tes rêves les plus secrets

Mais on n’ouvre pas le cœur avec un trousseau rouillé de  clés usées

On  regardait dans des directions opposées

Enfin ça  c’est ce que tu disais et

Trop ambitieuse pour mes rêves de femme bafouée

J’ai exigé, tracé des directives de scénar romancé

Mais on ne répare pas un cœur avec trois mots et un parfum de rose recyclées

Fond de peine

Poudre du soleil aux pigments naturels

Voudrais-tu me cacher ces cernes artificiels ?

Dehors, il fait si froid, le monde n’est pas  prêt

Pour voir ma peine aux couleurs infâmes tu sais

Farde farde vite : la rosée se fane  aussi vite que tu t’estompes

Dehors il fait si froid : je suis sûre qu’ils se trompent

Demain tout ira mieux,  je n’aurai plus vent de toi

Cache un peu plus, la mode n’est pas au bleu

Dehors ils veulent de la joie pastelle, des femmes fortes

Dehors, ils veulent voir des mains d’amoureuses sous escorte

Entre les passés de mode, et les visionnaires

Ferme ta gueule et rend moi plus belle

Cache-moi ce bleu qui cerne mes yeux

Je ne peux pas m’enfuir, il ne peut plus me nuire

Croque mort,  peins  sur mes lèvres un sourire

Je ne peux pas m’enfuir, je ne peux plus mourir

Le sang  coagulé ne me fait plus mal

Je suis déjà morte du fond de mon âme