De Yassine à moi au-delà des ruines

J’ai rencontré Yassine pour la première fois sur le bord d’une route. Je roulais pour aller rendre visite à mes parents quand je me suis arrêtée pour lui tendre une pièce. Il a gardé ma main dans la sienne puis il m’a  dit « que Dieu te garde ». La fatigue, l’épuisement et la tristesse n’altéraient pas la beauté de son regard émeraude.

J’ai revu Yassine plusieurs fois à l’embouchure de la A86 où les voitures défilent aussi vite que nos vies, polluant les espoirs des petites mains de mendiants miniatures qui se referment et s’ouvrent comme des cœurs affamés.

Et nous parlions franglish la plupart du temps, quand je ne composais pas avec mon dialecte algérien et  maladroit. Mes « chouia-chouia » amusaient beaucoup mon adorable ami Syrien dont les « kayfa halouki ?» avaient le sens que les « ça va ? » parisiens devraient envier.

Yassine était un réfugié de 23 ans qui avait perdu son père, sa  mère et sa petite sœur dans un bombardement à Alep. Il avait embarqué sur un petit bateau de pêcheurs puis avait traversé des pays inconnus qui l’avaient dévisagé avec un unique regard dont il s’était accoutumé, anesthésié par la guerre, paralysé par la peur, insensible au mépris car Dieu sait quand ils ne savent rien.  Puis il s’était retrouvé aux portes de la capitale du beau goût, cité  qu’il percevait comme une fourmilière de possibilités et de survie, un horizon après le chaos. Il me parlait de ses projets, poursuivre ses études de biologie ou du moins les recommencer.

Et j’ai osé lui demander comment  il trouvait la force de recommencer. Il me dit «  La vie n’est que recommencement et reconstruction, si tu savais Olfa comme j’ai mal quand je pense à mes parents, ma sœur, au café où mes amis et moi avions l’habitude de prendre le thé le soir en rêvant de l’avenir. Ma famille est auprès du Dieu, mon petit café a volé en éclats, mes amis sont morts ou disparus et l’avenir se dérobe à mes espoirs. Mais j’ai fait un long chemin jusqu’ici, il faut que j’honore la vie qui m’a été donnée »

Quand j’ai rencontré Yassine, j’ai pensé à mes propres douleurs, à mes chagrins et à la peur de ne jamais pouvoir échapper à mon passé, de ne plus jamais pouvoir aimer. Yassine était parti pour tout recommencer sans autre bagage que son espoir et ses ambitions. Dieu seul sait si ça suffirait mais….

Parfois il faut rebâtir sur des ruines, de l’humiliation, de la douleur. Nul n’est prophète en son propre pays…alors partons s’il le faut….merci Yassine pour ton courage, car oui le courage est contagieux Louange à Dieu !!!

 

6 réflexions au sujet de « De Yassine à moi au-delà des ruines »

  1. C’est tellement émouvant, grâce à tes mots j’ai pu ressentir ce que Yassine t’as inspiré, merci beaucoup pour ce texte. Que la paix soit sur toi ma soeur 🙂

  2. Je ne sais pas si les cœurs brisés reviennent un jour d’entre les morts. Ou d’entre les mots.
    Peut-être qu’ils hibernent en attendant de refleurir. Aimer, c’est un peu comme être bercé par la valse lente des saisons.

  3. Merci pour vos retours 🙂 Que la paix, l’amour,la foi vous donnent le courage de la résilience à tout moment. Nous souffrons tous mais il y a toujours un espace sacré pour la reconstruction de soi!

  4. J’ai découvert ce blog par hasard via Twitter, je tenais à saluer la qualité d’écriture et la simplicité avec laquelle vous arrivez à transmettre de l’émotions ! Un texte puissant.

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