Souleymane

Slimane, tu préfères dire parce que ton dialecte en a décidé ainsi. « Maman, elle ne sait ni parler arabe ni parler français » balancera Nassim, mon grand frère d’un ton moqueur. Nous, nous voulions parler le vrai arabe, celui de nos prédécesseurs de l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane, la langue du Coran et ses sonorités mélodieuses. Le dialecte algérien a tellement contracté l’arabe qu’il en a extrait les nuances les plus radieuses : il n’en est resté qu’un baragouinage qui prête le flanc à tous les arabophobes qui se plaisent tant à réduire la langue arabe à un ramassis de consonnes gutturales.

Mais toi, tu t’en fiches complètement de ce genre de considérations esthétiques, on a toujours dit « Slimane » et tu n’envisages pas la comparaison avec « Souleymane » parce que tu te raccroches toujours  à ce que tu connais.

Souleymane, voilà le prénom de sultan que j’ai donné à mon premier enfant. Tu le regardes avec tendresse et me pousse à la sieste pour récupérer la nuit agitée que je viens de passer: Souleymane a 4 jours.

Tu le regardes avec l’amour que tu me portes à moi, ta fille dont le cœur chavire à chaque fois qu’elle serre ce petit être dans ses bras. Tu sais quel raz de marée se met en branle dans le corps et l’âme d’une femme qui devient maman mais mieux que quiconque tu sais ce que ça fait d’être mère quand on est une femme de notre trempe. Tu vois  ta benti être maman et être la maman d’une maman c’est décupler son sentiment d’inquiétude. Tu es inquiète de me voir inquiète, fatiguée de me voir fatiguée. Et peu à peu ce sentiment de mère à fille se démultiplie et ton amour pour mon fils apparaît de jour en jour. Après tout l’amour que tu m’as donné, merci de l’aimer, lui…

 

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