Un peu de home sweet homme

 

Coup de téléphone surprenant à 23h de ma cousine Zahira. J’entends des larmes étouffées par des sanglots ravalés. Elle chuchote, je ne comprends rien. Je comprends difficilement qu’elle a mal à la mâchoire, qu’elle veut que je passe la voir car elle ne veut pas rester toute seule. Elle n’arrive pas à reprendre son souffle. Je déboule chez elle en furie, sa mère me fait signe de monter dans sa chambre sans faire de bruits. Je la trouve au fond de la pièce, un rouleau de sopalin à la main et un sac de haricots surgelés lui comprimant la joue droite. Elle m’explique : son frère lui a asséné un violent coup de poing parce qu’il l’a aperçue avec son mec au centre commercial. Et il n’aurait pas si bien accompli son devoir fraternel s’il ne l’avait pas gratifiée d’un élégant « sale pute » en repartant rejoindre sa bande de potes écervelés.

-Zahira, j’attends qu’il rentre, je vais lui défoncer sa petite gueule de fumeur de chicha fruitée.

-Non Olfa, s’il-te-plait, ce serait pire après, et il va s’en prendre à toi.

-Oh mais qu’il essaie, s’il a la violence facile, j’ai la barre de fer docile moi !

Bon, c’est vrai que je suis une sauvage et que ma réaction était certainement tout aussi débile que la sienne mais j’avais une telle rage de voir que personne mais personne n’avait l’intention de réagir. Mais pire que ça, je savais que  la brute allait rentrer chez elle  à 2h du mat, se souvenant entre deux verres d’oasis alcoolisés qu’elle a une famille. Pendant ce temps, Razika chercherait un peu de paix dans un sommeil tuméfié.

Le lendemain, je vois une ancienne copine du quartier à qui je raconte cette histoire, persuadée naïvement que la solidarité féminine aurait raison d’un trouble cérébral causé par une perte de neurones qui avait fait d’elle une… hmara (désolée,  c’est le seul mot qui m’est venu à l’esprit).

« Ouais je comprends Olfa, elle me fait pitié Zahira meskina mais c’est son frère wesh, c’est pas son mec. En plus, s’il l’a frappée, c’est qu’il l’aime, elle aussi pourquoi elle se balade avec son mec ? Elle se fait tricardiser devant tout le monde. Elle respecte personne aussi, wesh ! »

En dépit de la redondance agaçante du mot wesh dans cette discussion stérile, je n’ai été scandalisée que par le contenu misérable de son discours… enfin de sa pensée …enfin des trucs qui sont sortis de sa tête quoi !

Alors si je comprends bien, le lien fraternel  lui conférerait  un passe-violence éducatif qui en plus s’avère être un gage d’amour. Donc en gros, je peux distribuer des droites aux gens que j’aime puis ignorer la douleur causée par mes coups.

Si je comprends bien, elle l’avait bien cherché puisqu’elle s’était baladée avec son petit copain au centre-ville, menaçant l’honneur familial. Ok ! Donc quand il prend un abonnement chez Michetonneuse + et qu’il drague tout ce qui ressemble de près ou de loin à un porte-fesses dans la rue, j’ai le droit de lui flanquer une raclée pour  le remettre sur les rails ?

Putain, mais on ne sauve pas l’honneur de sa sœur en lui flanquant une droite. Déjà, il n’y a rien à sauver. Elle a un petit copain, elle ne vient pas de gagner le concours national de lap danse. Et si tu désapprouves le choix de ta sœur par amour, dis-le-lui ! Avec amour bordel !

Ce message s’adresse à toi, frère dont les violences sont passées sous silence. Tu n’as aucun droit sur ta sœur. Elle ne porte pas le poids de ta réputation sur les épaules. Commence déjà par te montrer respectable, et le respect s’imposera ! Il te voit !  Il connaît le contenu des poitrines. Et dans la tienne, il y a un peu trop de haine et de jugements, là  où il devrait y avoir de la douceur et de la compassion.

On parle beaucoup de violences conjugales, mais on ne parle pas de ces gifles, ces crachats humiliants, ces coups de poings donnés pour un port de décolleté, un texto de mec intercepté, une bouffe mal assaisonnée. Tout ça sous les yeux d’une mère endolorie mais complice et d’un père qui a retiré sa casquette de père lorsqu’il a mis au monde un champion du monde de  lâcheté , qui ne voit plus toute la souffrance qui végète sous le toit qu’il a pourtant  vaillamment  construit.

A ces sœurs, jugées dehors et jugées chez elles : un peu de « Home, sweet homme » !!!

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